Qu’entend Sabbagh par une « nation civique »? Pouvez-vous donner des exemples de telles sociétés?
En lisant le texte de Sabbagh, il est intéressant d'y voir les notions de nationalisme civique et éthique contrastés tout en invitant la comparaison avec diverses nations notamment le Canada, les États-Unis et la France. Ces deux derniers sont présentés comme des modèles de nations civiques où les buts du républicanisme politique sont confrontés à une réalité multiculturelle contradictoire. D'après Sabbah en page 114, une nation civique réussie à « amincir les identités nationales jusqu'à les débarrasser de tout contenu susceptible de concurrencer les identités ethniques ou culturelles. » Autrement dit, il est possible de conserver son identité culturelle tout en existant dans le paradigme politique national puisque les deux notions existent de façon distincte.
Le modèle américain peut servir d'exemple puisque les idéaux républicains ont été fondamentaux à la création de l'identité politique américaine suite à la Révolution du 18e siècle. Les principes de liberté et d'égalité sont donc fermement ancrés dans l'imaginaire collectif bien que leur application législative n'est pas toujours évidente. Les droits de plusieurs groupes ethniques sont souvent menacés ou même vus comme étant menaçants pour le modèle républicain universel. Il suffit de penser à la récente controverse entourant la construction d'une mosque à New York pour voir que les principes utopiques dictés par les « Fore-Fathers » américains ne sont pas encore pleinement intégrés au modèle républicain. Bien que la notion classique de l'identité américaine est en principe un parapluie identitaire a lequel divers groupes ethniques peuvent s'attacher tout en conservant leurs modes de vie, on ne peut passer sous le silence l'exclusion de certaines politiques contradictoires. En page 115, il est question des idéologiques communistes interprétées « comme anti-américaines » faisant ainsi contraste à la notion de « hyphenated americans » citée à la page 114 puisque si on imagine mal la prolifération de « groupes communo-americans » ou encore « taliban-americans ». Il s'agit ici de vulgarisation hypothétique et exagérée certes, mais l'implication d'une telle politique de dissociation identitaire exprime bien les limites du concept républicain comme nationalisme civique tel qu'appliqué dans la société actuelle
Le Melting pot des États-Unis n'est pas le seul modèle pris en compte par Sabbagh puisque celui-ci s'attarde aussi à la France républicaine. Si les Américains absorbent les différences culturelles et ethniques sous l'étendard commun, les Français ont créé un climat de laïcité aveugle où les différences sont subjuguées au profit d'une identité politique universelle. La religion est donc théoriquement exclue de toutes affaires d'État, mais encore une fois il existe certaines limites idéologiques. L'omniprésent scandale entourant le port du Hidjab dans les écoles démontre la confrontation du modèle national civique de Sabbagh aux idéologies où religion et société sont indissociables. Car si on impose unilatéralement une laïcité neutre, comment éviter le piège de l'intolérance? La notion de nation civique est donc en principe contradictoire au multiculturalisme où il est question de reconnaissance des droits plutôt que du délitement culturel.
Malgré les différences observables dans les pratiques identitaires américaines et françaises ainsi que leurs limites théoriques, il importe de souligner que Sabbagh les considère néanmoins comme modèles de nations civiques grâce à l'identité culturelle et politique global qu'on s'efforce de maintenir contre vents et marrées. Il est certainement possible de regarder les deux pays nommés dans ce texte et d'y voir des modèles d'intolérance culturels et religieux, mais il faut également considérer les sous-courants théoriques notamment le républicanisme ou encore la notion de nation civique énoncée par Sabbagh. Le maintien d'une identité collective purement politique comporte évidemment quelques risques puisqu'en réprimant certains droits, certains peuvent crier injustice, mais, comme en convient Sabbagh à la page 124, le but utopique d'une nation civique est d' « utiliser les ressources de la culture commune pour trouver des principes à partir desquels réinscrire les revendications du groupe en question dans un contexte plus large ». Ce concept plus large est donc l'identité nationale civique, mais comme le démontre Sabbagh en fin de texte, c'est un idéal encore bien distant.
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